Attention Mesdames et Messieurs, OLNI en vue (ça tombe bien, les OLNI, c’est le Bien !).

Ce livre-là, j’ai de la chance, on me l’a donné il y a quelques semaines. Et pourtant, le moins que l’on puisse dire c’est que j’étais un peu dubitative en voyant l’épaisseur du bouquin. 954 pages. 954 pages, éditées par une maison et écrites par une auteure dont je ne connaissais ni l’une, ni l’autre. Un volume impressionnant qui laissait à craindre ne serait-ce que des soucis de rythme (avouons-le, un pavé de ce style ne se gère pas du tout de la même façon qu’une trilogie, un tryptique ou un dyptique. Sacré challenge pour maintenir les lecteurs attentifs, même s’ils sont d’excellente volonté).

Eh bien figurez-vous que cela fonctionne. Et plutôt très bien, même.

Le quatrième de couverture :

Dans la Maison, vous allez perdre vos repères, votre nom et votre vie d’avant. Dans la Maison, vous vous ferez des amis, vous vous ferez des ennemis. Dans la Maison, vous mènerez des combats, vous perdrez des guerres. Dans la Maison, vous connaîtrez l’amour, vous connaîtrez la peur, vous découvrirez des endroits dont vous ne soupçonniez pas l’existence, et même quand vous serez seul, ce ne sera jamais vraiment le cas. Dans la Maison, aucun mur ne peut vous arrêter, le temps ne s’écoule pas toujours comme il le devrait, et la Loi y est impitoyable. Dans la Maison, vous atteindrez vos dix-huit ans transformé à jamais et effrayé à l’idée de devoir la quitter.

Ensorcelante évocation de l’enfance et de l’adolescence, La Maison dans laquelle est un chant d’amour fantastique à cet âge ingrat et bienheureux, à ses exaltations et ses tragédies, au sentiment de frustration et de toute-puissance qui le traverse. Mariam Petrosyan a réussi à créer un univers bariolé, vivant et poétique, pétri de cette nostalgie et de cet émerveillement que nous avons tous au fond de nous et qui fait que, parfois, nous refusons de grandir et d’affronter la brutalité du monde qu’on appelle la réalité.

Avouons-le aussi, quand on lit ça, ça sonne pas mal roman d’ado, roman de young adult. Normal, c’en est un, ou en tout cas, c’est un roman avec et sur des ados et des jeunes adultes. Flirtant peut-être avec Sa Majesté des Mouches. Mais cantonner cette histoire à ce courant serait la réduire à quelque chose qu’elle n’est pas, malgré les thématiques décrites. N’importe quel adulte de n’importe quel âge peut le lire et y trouver son compte. Même les personnes réfractaires au YA. Et, à mes yeux, le rapprochement avec SMDM n’est qu’une illusion.

Mon avis :

Avec La Maison on pénètre dans un endroit où les pestiférés de la société vivent ensemble, un endroit pour lequel on ne saura jamais réellement s’il tient plus d’un asile libertaire que d’un foyer pour orphelins à l’imagination débordante. Un lieu, un microcosme, où autant d’univers personnels que de pensionnaires se côtoient, s’entrechoquent, se fondent les uns dans les autres au fil des couloirs. Chacun y trimballe ses manies, ses excentricités, sa façon de percevoir le monde, sa folie plus ou moins douce, ses craintes, ses angoisses, le tout dans un joyeux bordel où toute organisation semble vouée à l’échec. Semble. Il est impossible qu’un tel lieu puisse exister réellement et pourtant, il est tout aussi impossible d’arriver à classer cette oeuvre dans un genre de l’imaginaire. C’est là le premier tour de force de Mariam Petrosyan, symptomatique de l’ensemble de son livre : jamais au grand jamais, nous, les lecteurs, nous saurons tout de La Maison. Les frontières sont comme dissoutes dans ce lieu clos, et ce flou n’est même pas dérangeant. Comme le disent si bien ses occupants aux nouveaux, La Maison n’aime pas être racontée, La Maison n’aime pas être raccourcie dans de grandes lignes. La Maison se laisse découvrir petit à petit, ou pas. C’est selon. La Maison s’expérimente, se vit. Elle est unique et multiple à la fois, différente pour chacun de ses occupants car déformée par le prisme de leurs imaginaires fantasmagoriques, imaginaires qu’elle cristallise et pousse d’ailleurs à leurs paroxysmes. En un mot, La Maison est organique. Tout comme l’est ce livre dans sa structure et sa forme. Deuxième tour de force de l’auteure. Au-delà de sa structure en trois parties, avec des interludes réguliers entre chaque chapitre (jusque-là, c’est relativement assez classique), ce bouquin est tout aussi vivant, changeant que le lieu qu’il décrit. Du coup, on ne s’ennuie pas une seconde au fil de ses presque mille pages. Au contraire, on apprend à prendre le temps de lire chaque mot, à attendre patiemment que La Maison et ses occupants dévoilent leurs passés, leurs histoires, l’Histoire de La Maison, l’histoire de ses castes, de ses légendes et de ses morts. Par chance, les interludes (qui sont souvent des flashback) sont très bien maîtrisés (et je suis tatillonne sur la chose, n’aimant à 99% pas que l’on me coupe d’un espace-temps pour me projeter dans un autre) et les révélations savamment dosées et amenées.

Personnellement, je garderai un souvenir pregnant de cette lecture et désormais je vais suivre les prochaines sorties de Monsieur Toussaint Louverture. Avec la conjoncture économique actuelle du milieu de l’édition, rares sont les maisons qui prennent de vrais risques dans leurs parutions et celui-là en est un de taille. J’aime beaucoup l’idée que certaines osent encore de publier des histoires aussi atypiques, tant dans leurs formes que dans leurs contenus, qui plus est quand il s’agit-là d’un premier roman d’une auteure inconnue du public français (même si elle a remporté de nombreux prix avec ce roman en Russie).

A lire si :

  • Vous aimez les OLNI (100% garanti sans déception).
  • Vous aimez les livres centrés sur les personnages et leurs caractérisations/psychologies/visions du monde (ou même si vous êtes aspirant auteur(e) et que vous en avez marre d’avoir l’impression de créer des personnages en carton-pâte).
  • Si vous aimez les personnages atypiques, loufoques, bancales, en marge de la norme.
  • Vous n’êtes pas dérangés par le fait de ne pas savoir de temps en temps si telle ou telle chose relève du lard ou du cochon.

La page du roman sur le site de Toussaint Louverture (qui donne quelques autres infos intéressantes sur les thématiques, mais aussi et surtout des avis de lecture très pertinents à mon sens. Bon, clairement, oubliez Harry Potter par contre.)

La Maison dans Laquelle


e.l.n.z – E. Vauxhey

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